vendredi 14 mars 2008
Sufi Night - Part I

Je suis prête. Prête à vous parler du sanctuaire Baba Shah Jamal de Lahore que j'avais évoqué dans le post du 9 janvier dernier. J'ai pris le temps qu'il faut pour me décider à parler, je vous l'accorde. Le 20 décembre au soir, les fils de Malik, l'hôte de notre guesthouse, nous conduisaient donc au sanctuaire Baba Shah Jamal pour nous faire découvrir l'un des aspects de la culture pakistanaise - le soufisme. L'après-midi, déjà, nous en avions découvert la musicalité lors d'un concert qawwali dans le beau sanctuaire Data Sahib. Facette fascinante du monde musulman, le soufisme est une branche mystique de l'islam. Ses pratiquants recherchent l'extase - la perte de soi - pour s'ouvrir à la présence de Dieu.

Quelques bribes d'informations recueillies ça et là ne nous préparaient cependant pas au spectacle qui nous attendait sur place. Notre modeste groupe d'étrangers retira ses chaussures, les filles se couvrirent la tête avant de fendre discrètement la foule pour rejoindre les places au premier rang, spécialement réservées pour nous. Encore un exemple de l'hospitalité pakistanaise. Tout le monde se serre et nous voilà tous installés sur le sol. Passé le moment d'agitation, je passe en revue la foule autour de moi. A l'exception de Mélanie -l'Australienne assise à mes côtés - et de moi-même, nous ne sommes en présence ici que d'hommes. Tous ici vous adressent des sourires bienveillants. Mais le regard est hagard, les yeux mi-clos, les pupilles dilatées.
Oui, Lord Hashish et Lady Opium sont passés par là, à n'en pas douter. Et pas qu'un peu. Ici, ça roule ferme. Et l'on ne tire pas sur un, mais sur cinq joint à la fois. On cale le tout entre chaque doigt, on referme le poing, et un généreux se promène parmi la foule, offrant le-dit poing à qui veut.

Et puis il y a le reste. Les bougies qui brûlent, les suaves parfums d'eau de rose et de hashish dans l'atmosphère, les douceurs au miel et les tchaï sucrés que l'on ne cesse de nous offrir durant la soirée. Tous les ingrédients sont là, me dis-je: ils recréent l'atmosphère éthérée des Jardin des Délices dépeints par les poètes orientaux. Je me délecte en écoutant le rythme enivrant des gros tambours soufis à deux faces - les dhôls. Soudain mes voisins me tirent de ma rêverie : Look! The Master is here! Une masse géante vêtue d'une tunique brune fait son entrée et s'approche d'un homme, vraisemblablement attardé, pour lui embrasser respectueuesement la main. Spectacle inattendu et édifiant. Aux côtés du Maître, une silhouette longiligne vêtue d'une tunique blanche. Son frère. Mais la magie opère lorsque chacun se saisit d'un dhôl. Un saxophoniste rejoint les percussionistes le temps d'une séquence. Puis le rythme des percussions s'accélère vite, devient intense et hypnotisant. Un homme scande des prières et invoque Allah, la foule reprend après lui. Certains semblent ailleurs et secouent la tête de manière frénétique, les yeux mi-clos. Des danseurs soufis entrent en transe, tournent, virevoltent, tendant les mains au ciel des heures durant. Tous sont subjugués.
Whirling
Invocations
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